Laisser le corps retrouver son chemin

Lâcher prise

« Connais-toi toi-même pour comprendre le lâcher-prise ou la décontraction musculaire car sans une conscience de soi, toute connaissance purement livresque, philosophique ou même religieuse et dogmatique n’ajoutera que de la confusion à ton esprit. » (Bernard Tisné)

Une autre conception de la décontraction musculaire

Après des années de pratique et d’observation, j’ai compris que le véritable lâcher-prise ne s’enseigne pas : il se découvre. Il ne s’agit pas de faire quelque chose, mais au contraire de cesser de vouloir tout maîtriser.

On découvre que rien n’était à apprendre. La paix intérieure ne vient pas de la volonté, mais de l’abandon du contrôle. Quand on cesse de vouloir « aller mieux », on commence enfin à vivre pleinement.

Lorsque le corps, la respiration et l’esprit cessent de s’opposer, un espace s’ouvre. Dans cet espace, la vie circule librement, sans effort, sans résistance. C’est là que commence le véritable relâchement — celui-ci ne dépend d’aucune technique, mais d’un accord profond avec ce qui est.

Pour comprendre ce que signifie véritablement le lâcher-prise, il faut d’abord observer comment la tension s’installe — dans le corps, dans la respiration, et dans l’esprit.

« Inspirez, expirez, laissez ce souffle naturel vous porter. Dans cette respiration se cache toute l’essence de l’univers. Dans ce va-et-vient constant réside la danse perpétuelle de notre existence. Chaque inspiration nous relie au monde, chaque expiration nous libère. »
Bernard Tisné

Un muscle continuellement tendu ou contracté est en fait un muscle épuisé.

« Si le buste est raide, le diaphragme et les muscles transverses de l’abdomen ne peuvent bouger librement et le corps n’a pas d’autre choix que d’inspirer avec les muscles des épaules et du cou. À la longue, cela aboutit à la raideur de la nuque et des épaules. »

On confond trop souvent le mal de dos et les tensions de l’esprit. Ramener tous les problèmes de dos à de simples contractions musculaires est absurde car trop restrictif. Le plus court chemin pour agir sur le corps est de passer par l’esprit.

La douleur résulte de l’ébranlement momentané d’une chaîne musculaire ou d’un choc psychique : quelque chose survient auquel on ne s’attendait pas — le conjoint qui nous quitte, un deuil, la perte d’un travail. Tout ceci fait que notre esprit, par réaction, se tend. Et que fait un esprit tendu ? Il contracte tous les muscles du corps.

Si le problème se résout dans les jours qui suivent, alors les tensions disparaissent toutes seules. Mais si la situation perdure, la contraction s’installe et s’amplifie avec le temps.


Le « lâcher-prise » est une expression utilisée pour décrire le processus de laisser aller une situation, une émotion ou une idée qui nous tient occupé. Il s’agit généralement d’accepter une situation telle qu’elle est et de ne pas lutter contre elle.

Cela peut aider à réduire le stress et l’anxiété, et améliorer la capacité à prendre des décisions et à se concentrer sur les choses importantes.

Il existe, selon beaucoup de thérapeutes, différentes techniques pour lâcher prise : méditation, respiration profonde, visualisation. Mais le lâcher-prise n’est pas une méthode : c’est un état d’esprit.

La souffrance morale est la perte de connexion avec l’essence de son être.


« La peur d’être malade pousse l’homme à la surconsommation de régimes et de méthodes de toutes sortes, mais quelle est la méthode qui le guérira de l’angoisse, cause première de son mal-être et qui aboutit à la maladie ? »

Au bout de plusieurs décennies de pratique, j’entends toujours la même question qui revient en boucle :

« J’ai tout essayé pendant des années pour me détendre et me relaxer mais je suis toujours aussi fatigué et tendu. J’ai fait du yoga, de la sophrologie, de l’hypnose, de la méditation, des techniques de breathwork, beaucoup d’étirements et plein d’autres méthodes spirituelles ou autres, mais je suis toujours aussi contracté. Malgré tous mes efforts, les choses empirent avec le temps. Ma respiration est saccadée et je n’arrive toujours pas à me détendre et à être Zen. Comment arriver à me relaxer ? »

Libérez-vous de vos doutes, de vos peurs, de vos angoisses, de vos craintes et débarrassez-vous de vos cuirasses — sans quoi le résultat obtenu, quel que soit le thérapeute ou la thérapie, ne sera que temporaire.

La paix de l’esprit et le lâcher-prise ne peuvent s’acquérir par une technique manuelle ou spirituelle. Les blessures de l’âme ou la souffrance intérieure ne peuvent être résolues par des exercices quels qu’ils soient.

Il ne peut exister de méthodes spéciales ou de techniques particulières — mentales, physiques, spirituelles ou secrètes.

Quelle que soit la méthode employée, personnelle ou avec l’aide d’un praticien, elle est vouée à l’échec s’il n’y a pas un relâchement total de l’esprit. La seule personne qui peut vous détendre réellement, c’est vous — et cela se fait sans techniques.

Toutes ces méthodes ne peuvent agir que sur la surface de votre être. Chassez le naturel et il reviendra au galop dès le moindre problème ou à la moindre contrariété.

La fluidité corporelle ne peut être atteinte que par l’absence d’effort. Se relaxer, c’est l’absence de conflits internes ou externes. Tout le reste n’est que pure utopie. Il ne peut y avoir de méthodes efficaces ou « magiques » sans un relâchement total de l’esprit.

L’Énergie n’est pas quelque chose de mystique que l’on acquiert par des exercices de Yoga, de méditations ou autres techniques secrètes. Elle se manifeste naturellement quand l’esprit est libre de tous conflits et que le Souffle est libéré.


Abandonner le fait d’être sur la défensive et le contrôle — car toute contraction est une forme de défense.

Peut-être est-il nécessaire de guérir une blessure d’un passé récent ou lointain, de votre système familial, ou d’un blocage émotionnel, mental, physique ou spirituel qui produit un déséquilibre dans votre présent.

Il faut arriver à voir où est la NON-ACCEPTATION qui crée cette dualité. Il y a toujours « plusieurs lectures » d’une même chose. Cherchez l’endroit où se loge la non-acceptation, car c’est elle qui crée la dualité.

Le simple fait d’employer une technique fait que l’on est encore dans la dualité. On cherche à transformer ce qui est (l’état présent actuel) par quelque chose que l’on aimerait (un autre état d’être) que l’on estime meilleur.

Vouloir modifier un état intérieur par une technique est un combat contre soi-même perdu d’avance. Le simple fait de rechercher cet état de bien-être nous éloigne de lui et renforce la tension.

Cette volonté de transformation est encore une dualité entre un présent et un état d’être futur supposé meilleur que l’on voudrait acquérir. Et que fait un esprit dans la dualité ? Il se contracte encore plus.


Au moindre changement émotionnel ou d’état, la respiration d’un individu se modifie. Pratiquement tous les êtres modernes souffrent d’une respiration bloquée.

Vous remarquerez que quand vous êtes tendu, anxieux ou inquiet, votre souffle devient court et votre respiration n’est pas complète car vous la retenez inconsciemment.

Abandonnez simplement votre souffle et lâchez votre respiration. C’est tout. La détente intérieure ou musculaire se fera toute seule sans aucun effort de votre part. Le plus important, ce n’est pas de chercher à respirer selon une méthode particulière ni à chercher de l’air, mais d’abandonner sa respiration.

Ne cherchez pas à contrôler, ni à respirer « comme il faut ». Peu importe si vous respirez par le ventre ou la poitrine. Toutes les postures sont bonnes, que vous soyez debout ou assis. Ne vous relaxez pas dans une seule position.

Ne cherchez pas à contrôler le souffle, ni à le modifier. Lâchez tout. Ne retenez pas. N’imposez aucune contrainte ou rythme respiratoire de force. Contentez-vous d’observer cette respiration. Ne soyez pas dans l’action en faisant un exercice de Pranayama ou autre, mais soyez juste un témoin. Ne forcez rien, n’imposez aucun rythme. Observez, c’est tout.

Il faut supprimer toute intention de transformation par une respiration particulière ou un rythme spécifique avec des inspirations et des expirations calculées suivies de rétentions contrôlées censées vous détendre.

La paix de l’esprit ne peut être obtenue par la force ou la volonté. Il faut laisser faire, oublier tous les exercices contraignants de respirations abdominales ou autres et laisser se faire…

Le lâcher-prise, la détente musculaire et l’absence de tensions sont juste une question d’abandon de soi et de respiration naturelle — ils viendront automatiquement par l’absence totale de contrôle.


Voilà peut-être l’attitude la plus simple, et pourtant la plus difficile. Il ne s’agit pas d’un effort, ni d’une volonté particulière, mais d’un consentement. Accepter simplement ce qui est, tel que c’est.

Tout ce que nous refusons — une émotion, une situation, une part de nous-mêmes — demeure à la marge de notre conscience. En la rejetant, nous lui donnons une existence en dehors du réel. Ainsi, ce qui n’est pas reconnu continue d’agir, sans que nous en soyons conscients.

Le jugement, lui, appartient au passé. Juger, c’est figer la vie, c’est lui retirer sa fraîcheur et sa possibilité de transformation. Dans le jugement, nous ne sommes plus dans le présent : nous comparons, nous interprétons, nous reconstruisons.

Les accumulations mentales, émotionnelles ou psychologiques — fruits de la peur — épaississent le voile entre nous et le réel. Nous voyons alors à travers un miroir obscur, et ce voile altère notre perception. Nous cessons de vivre dans l’instant et glissons dans le passé ou dans le futur, ces temps imaginaires où rien n’existe réellement.

Ainsi, notre refus du présent nous empêche de vivre pleinement. Mais lorsque nous acceptons ce qui est, sans résistance, et que nous permettons aux choses d’être telles qu’elles sont, quelque chose s’ouvre. Une détente se produit. Une clarté revient, une harmonie s’installe.

Il n’y a rien à faire : il s’agit simplement de laisser être. Le lâcher-prise n’est pas une action, mais un relâchement de l’effort. Plus nous cessons de vouloir contrôler, plus nous retrouvons la justesse de ce qui est. Alors, peu à peu, nous nous accordons à la réalité universelle. Et dans cet accord, dans cette résonance silencieuse avec le réel, nous retrouvons la justesse du réel.


L’idée qu’il existe une sorte de respiration correcte que l’on acquiert par le contrôle conscient de notre respiration est une erreur.

Le « bon rythme » respiratoire d’une personne peut être un cauchemar pour une autre.

La respiration est affectée par un large éventail de facteurs physiologiques et psychologiques (état d’esprit et sentiments).

Vouloir imposer et modifier par la contrainte un rythme respiratoire particulier sur des durées inspiratoires et expiratoires avec des rétentions chronométrées est très en vogue de nos jours, mais cela peut parfois engendrer un trouble supplémentaire si on ne modifie pas la cause première (le plus souvent émotionnelle) qui a créé cette façon de respirer.

Il n’y a pas de souffle magique ou de respiration standard selon des normes bien définies sur un papier. Les gens respirent différemment avec des rythmes propres à chacun parce qu’ils doivent respirer ainsi.

Notre souffle reflète essentiellement notre vécu, qu’il soit difficile, traumatique ou apaisant.

Pour certaines personnes, les naissances traumatiques, les infections, les maladies pulmonaires, l’asthme, les crises ou les accidents peuvent établir des schémas de survie respiratoire. Leurs façons de respirer s’adaptent en fonction de leurs vécus infectieux (maladies et traumatismes divers) ou de l’état émotionnel antérieur ou actuel.

Le cerveau connaît d’instinct la respiration la plus adaptée pour le corps à chaque instant de notre vie. L’exemple le plus flagrant est celui d’une personne qui court : chaque sportif a son propre rythme et le cerveau régule ce rythme en fonction de l’effort. Au moment où vous montez une pente, la respiration s’accélère et se ralentit lorsque vous vous reposez.

Il s’agit pour lui de maintenir cette homéostasie (le bon équilibre d’oxygène et de dioxyde de carbone) dans un processus reposant sur le mouvement, la pensée ou le sentiment. Le cerveau sait instinctivement ajuster la respiration selon les besoins du corps — effort, repos, émotion, mouvement. Inutile de l’imiter ou de le corriger : il sait déjà.

Vous viendrait-il à l’idée pendant que vous faites un footing, d’inspirer pendant 5 secondes, d’arrêter de respirer 3 secondes et de souffler ensuite pendant 5 autres secondes et ainsi de suite pendant tout le trajet ?

Les seules certitudes scientifiques sur la respiration que l’on a, selon les études les plus récentes, démontrent l’importance de la lenteur et de la profondeur de la respiration.


La respiration abdominale est certes agréable, mais elle ne résout pas tous les problèmes. Elle n’est pas le Saint Graal de la respiration, même si indiscutablement elle peut aider à réduire le stress et l’anxiété en ralentissant le rythme de l’organisme.

La respiration abdominale est utile pour calmer et apaiser, mais elle n’est pas un remède universel. C’est une technique, pas une vérité.

Ce qui est idéal pour pratiquer la méditation, les exercices de conscience ou calmer les gens et réduire l’anxiété, mais c’est juste une autre technique.

Ce n’est pas parce qu’un animal ou un bébé respirent ainsi que c’est la meilleure façon pour les adultes de respirer en permanence de cette façon dans la vie quotidienne. Elle peut devenir un inconvénient quand il s’agit d’agir vite dans une situation d’urgence, de performance sportive ou de fuite. Imaginez Mike Tyson en train de vouloir respirer abdominalement sur un ring pendant un combat. C’est la défaite assurée.

La respiration doit rester vivante, libre et adaptée à la situation.


L’homme passe la moitié de sa vie à se construire des chaînes et l’autre moitié à chercher à s’en défaire. Et pour cela, il invente plein de techniques pour briser ces chaînes — mais cela ne reste que de la technique.

L’environnement fait tout. S’il suffisait de s’asseoir tranquillement pendant une heure pour régler tous les problèmes de conflits intérieurs, ce serait trop simple.

Il faut parfois passer par le contraire pour obtenir ce que l’on veut atteindre. Le sauteur à la corde ne va-t-il pas vers le bas en premier (direction opposée) pour s’élancer en hauteur et franchir son obstacle ?

« Les graines doivent être enterrées dans l’obscurité avant de pouvoir fleurir dans la lumière. »
— Rebecca Campbell

La relaxation et la méditation sont une concentration énergétique et non un remède donné à l’homme pour calmer son stress. On peut très bien méditer tous les jours pendant des années mais rester quand même dans la dualité dès que l’on se retrouve dans la vie quotidienne.

Croyez-vous sincèrement que les yogis hindous d’autrefois qui vivaient dans l’Himalaya il y a 2000 ans avaient besoin de se relaxer dans l’environnement où ils étaient ? Les anciens yogis ne cherchaient pas à « se détendre » : ils exploraient la conscience.

À quoi leur aurait servi la relaxation dans un environnement aussi calme et serein ? Quand ils méditaient, en réalité ils recherchaient « autre chose » que se libérer de leur stress ou de leurs tensions nerveuses.

Dans la relaxation, tous les canaux s’ouvrent, les émotions inconscientes qui ont été stockées dans le corps remontent à la surface et l’énergie circule librement. Des souvenirs douloureux, des émotions négatives peuvent survenir.

Il faut laisser faire sans analyser, sans juger. Il faut juste se contenter d’observer.

C’est la force tranquille. Toutes les énergies se concentrent dans une apparente immobilité.

Les hindous ont d’abord « inventé » la relaxation immobile allongée et ensuite des techniques se sont créées au cours des siècles pour la prolonger en étant assis par exemple.


Document révisé et mis en forme — Texte original de Bernard Tisné

———————————

L’ensemble de ce site relève de la législation française et internationale sur le droit d’auteur et la propriété intellectuelle. Tous les droits de reproduction sont réservés. Les contenus sont protégés auprès d’un huissier de justice à Tarbes. Vous pouvez citer librement un article de ce site en mentionnant l’auteur et la provenance.

Bernard Tisné


Remonter en haut